mardi 25 août 2009

Ce blog n'est plus en service

J'ai décidé d'arrêter ce blog pour concentrer mon temps libre devenu plus rare sur le blog Uchimizuqui parle du Japon. Je remercie les lecteurs de ce blog, et laisse en ligner les billets déjà publiés. Je serai ravi s'ils peuvent être utile.
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dimanche 22 mars 2009

Les survivants de l'open-space : cadres et consultants

Ce court article continue le commentaire de l’ouvrage « L’Open Space m’a tuer » en évoquant les incompréhensions liées au statut de cadre et au titre de « consultant ».
Les entreprises françaises utilisent une classification en trois niveaux : cadres, agents de maîtrise et simples employés et ouvriers. Cette classification a pour origine les catégories de personnelles de l’armée : militaires du rang, sous-officier et officiers. Le parallèle avec l’armée est intéressant : les trois catégories dépendent principalement du niveau d’études : BAC+5 pour un officier, BAC+2 pour un sous-officier, Il est possible de passer d’une catégorie à l’autre par formation « interne » pour les plus méritants. On a l’image d’un officier comme le classique « chef de section » dirigeant ses 30 hommes dans un régiment, mais beaucoup d’officiers sont aussi des spécialistes, comme les pilots de chasse. Les états-majors comprennent de nombreux colonels qui ne dirigent souvent que leur imprimante et leur bureau, mais ont par contre des responsabilités administratives complexes.
La situation est la même dans les entreprises, où l’on a l’image populaire du cadre dirigeant sa ligne d’assemblage. En réalité, en particulier dans les sièges des sociétés, la plupart des salariés auront le statut de « cadre » qui est directement lié à leur niveau d’étude, sans pour autant encadrer de grosses équipes. Très naturellement, les sociétés de conseil qui embauchent massivement des BAC+5 leur donnent le statut cadre, en reconnaissance de leurs diplômes. La plupart du temps, ces cadres ont peu de responsabilités d’encadrement, mais interviennent par contre sur des sujets très techniques. Ils seront aussi jugés au résultat, une caractéristique du très flou « statut cadre ». Il n’y a là rien de choquant.
De même, le nom de consultant est mal compris. Il désigne parfois des experts de haut niveau, typiquement des personnes d’une cinquantaine d’années avec une grande expérience et un vrai goût pour la réflexion, qui peuvent être les conseillers des hommes politiques ou des présidents d’entreprise. Des noms comme Jacques Attali ou Alain Minc viennent à l’esprit parmi les gens connus du grand public.
Toutefois, cette image est en décalage avec la réalité du consultant de société de services, qui revient d’ailleurs beaucoup moins cher que les « stars » mentionnés ci-dessus. Nous parlons ici de jeunes diplômés, souvent des ingénieurs, qui interviennent pour une période ponctuelle, souvent dans des rôles proches de l’interim, c'est-à-dire la mise à disposition temporaire chez un client. Ils ne sont pas forcément des experts des sujets sur lesquels ils travaillent, mais sont capable d’apprendre rapidement, et d’être raisonnablement efficaces pendant la durée de la mission, souvent au prix d’un travail important. Ils auront aussi souvent une bonne méthodologie et parfois, mais pas toujours, une expérience similaire dans une autre entreprise. Cela leur permettra de réussir raisonnablement la mission demandée.
Evidemment, ils ne pourront être aussi compétents que l’expert interne du sujet dans l’entreprise cliente, mais ce dernier n’est souvent pas disponible, et il n’aura pas forcément non plus la volonté d’effectuer la mission, surtout si elle est inconfortable. Cette réalité est parfois mal compris des entreprises clientes, d’autant que les taux journaliers des consultants apparaissent souvent élevés (par exemple 750 € / jours) quand on la compare aux salaires nets des ingénieurs (typiquement 200 € par jour pour un ingénieur expérimenté). C’est comparer deux chiffres différents, et oublier que charges sociales (qui n'apparaissent pas toutes sur la fiche de paie), vacances, RTT, formations, infrastructures techniques et coût de « management » aboutissent à un prix de revient proche de celui du taux des consultants même pour les employés de l’entreprise cliente. Il est même fréquent qu’un consultant d’une petite société de conseil revienne moins cher pour un grand groupe traditionnel que ses propres employés, le consultant disposant souvent d’avantages sociaux et d’une infrastructure plus limités.
Il y a toutefois certainement une tendance à l’exagération qui provoque des attentes disproportionnées et des frustrations. Certaines sociétés de conseil donnent en effet un statut de cadre dirigeant à des employés de moins de 30 ans, alors que ceux-ci ne dirigeront au mieux qu’une dizaine de personnes, et cela augmente probablement plus leur ego que leur capacité. Des sociétés de conseils auront tendance à exagérer leur « magic touch » pour vendre leurs ressources et justifier leurs marges, qui sont peut-être dans certains cas excessives. Mais comme dans tous les domaines, il n’est pas non plus interdit aux jeunes diplômés (et aux clients) d’être lucides, comme je le suis quand un vendeur de tapis me décrit l’affaire du siècle. Si les jeunes diplômés croient être à 25 ans des experts avec une « patte magique » qui leur permet de travailler uniquement sur les problèmes stratégiques des entreprises avec leurs dirigeants, et s’ils pensent être attendus comme le messie, ils vont au devant de grosses désillusions.
Note: Les clichés illustrant ces articles ont été choisi uniquement pour leur esthétique. Je n’ai travaillé dans aucun des immeubles figurant sur ces clichés et les conseils ou récits donnés dans l’article ne sont donc pas basés sur des sociétés domiciliées dans ces immeubles.
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jeudi 26 février 2009

Les survivants de l’Open-Space

Ayant travaillé longtemps dans le secteur du « conseil », j’ai lu avec intérêt et plaisir le livre « L’open space m’a tuer ». Il relate avec talents des scènes de la vie de ces jeunes diplômés. Toutefois, cet ouvrage totalement à charge mérite sans doute un peu de contexte : certains aspects inconfortables de la vie dans une entreprise « moderne » ont une vraie justification, et les jeunes diplômés sont parfois aussi « à côté de la plaque » des réalités du monde de l’entreprise. Cela génère des frustrations inévitables pendant la période de transition. Enfin, le secteur du « conseil » ne doit pas être jugé dans l’absolu, mais en comparaison avec les alternatives réelles que sont les entreprises traditionnelles et les administrations. Une série d’articles sur ce blog va développer certaines idées évoquées dans le livre, et tenter d’en faire une analyse équilibrée.
L'open-Space
C’est le titre de l’ouvrage, et par « open-space », on entend une organisation de l’espace de travail qui a eu d’abord beaucoup de succès dans les entreprises japonaises de l’après-guerre. Il s’agit de grandes surfaces ouvertes regroupant une dizaine à une centaine de « postes de travail », c'est-à-dire de tables, sans cloison. Cette organisation a plusieurs avantages. L’espace est d’abord mieux utilisé. Toutes choses égales par ailleurs, il est possible pour le même prix de louer des locaux plus confortables et mieux situés. Cela peut par exemple éviter des déplacements en transport en commun aux salariés. Pour avoir vécu les deux situations, je préfère largement un petit espace de travail spartiate en « open-space » en centre-ville dans un bureau moderne qu’un vaste bureau dans une structure préfabriquée mal insonorisée en lointaine banlieue qui m’impose de prendre ma voiture tous les jours, et au passage de contribuer au réchauffement climatique
De plus, un « plateau » monté dans un open-space permet à une équipe de travailler plus efficacement. Si une équipe de 10 personnes est située dans un open-space, les conversations seront beaucoup plus rapides que si cette équipe est partagée entre plusieurs bureaux.
L’open-space a aussi une autre fonction « implicite » : s’assurer que les salariés travaillent effectivement pendant leur temps au travail. La tentation est d’autant plus grande que l’on peut facilement passer des heures sur internet, par exemple en se renseignant sur un sujet sur Wikipedia. En étant honnête, je me suis aperçu que je trouvais l’open-space gênant seulement quand je souhaitais réaliser des tâches non-professionnelles. La pire situation est l’appel imprévu du chasseur de têtes, qui provoque une course précipitée vers le couloir ou le moindre bureau vide. Quand je travaille réellement, je ne suis pas dérangé qu’il y ait des gens qui puissent apercevoir, par un regard oblique, une partie du contenu de mon écran. Et il est finalement normal qu’un employeur, qui paye ses employés, s’assure qu’ils ne passent pas leur temps à se distraire, un vrai risque de l’internet au bureau. D’autant que la petite pause exceptionnelle pour regarder les cours de la bourse, ou lire l’actualité est en général bien tolérée, même si on peut regretter qu’elle favorise moins la communication entre salariés que la traditionnelle pause café.
Les jeunes diplômés viennent du monde étudiant, où travail et loisirs ont des frontières plus floues, et ont parfois un peu de mal à s’adapter au début au statut de salarié. Ce dernier impose en échange du salaire, de travailler sur les sujets souhaités par les entreprises durant les heures de bureau. Certes, dans un monde idéal, l’intérêt du travail, et le charisme du chef de projet devrait suffire à motiver les employés, mais la réalité est qu’il existe dans tout métier des tâches utiles mais peu attractives et ennuyeuses, pour lesquelles la tentation sera toujours forte d’aller faire autre chose. L’open-space permet dans ce cas-là d’éviter les pires excès.
Cette organisation évite aussi les « couples infernaux » de deux collaborateurs s’appréciant modérément, et qui partagent le même bureau plusieurs années. C’est parfois sympathique, comme quand une moitié du bureau est décorée aux couleurs du PSG et l’autre de l’OM, mais le plus souvent, cette « colocation » génère de vraies tensions. J’ai même vu un véritable vieux couple (Monsieur et Madame, 30 ans de mariage) partager un même bureau pendant des années, et l’ambiance était une des plus pesantes que j’ai connues. L’open-space est plus anonyme, ce qui est aussi un avantage. Il n’est en tout cas en rien responsable des difficultés que nous français avons à adopter un comportement à la fois discret et tolérant qui est la base du savoir-vivre.
L’open-space a un vrai inconvénient: le bruit. Il est en particulier difficile d’avoir une conversation téléphonique confortable. C’est pour cela que la taille des plateaux ne doit sans doute pas être exagérée. J’ai travaillé dans des espaces de 200 personnes qui étaient de vrais halls de gare, alors que des plateaux de 20 personnes me semblent beaucoup plus raisonnables. Les open-space modernes incluent aussi maintenant des « cabines téléphoniques », petits espaces privés avec une chaise permettant de téléphoner tranquille, que ce soit pour une conversation privée ou professionnelle. C’est un compromis très raisonnable.
Un prochain article parlera des statuts de cadre et des incompréhensions sur ce qu’est un jeune « consultant ».
Note: Les clichés illustrant ces articles ont été choisi uniquement pour leur esthétique. Je n’ai travaillé dans aucun des immeubles figurant sur ces clichés et les conseils ou récits donnés dans l’article ne sont donc pas basés sur des sociétés domiciliées dans ces immeubles.
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vendredi 2 janvier 2009

L'ennui profond des dimanches français

Parmi les débats politiques avec lesquels la France a occupé son automne 2008, l’ouverture dominicale des magasins est d’importance mineure. On ne parle pas du futur de notre planète comme lors des débats sur le réchauffement climatique, il ne s’agit pas de la survie économique de notre pays dans la crise financière, des opportunités données aux jeunes à travers le système éducatif, ou de la qualité et des coûts des soins apportés aux malades. Par les bénéfices qu’il procure ou les servitudes qu’il impose, le travail dominical n’est qu’un ajustement mineur de notre mode de vie.
Dans tous les pays modernes, une partie important de la population active doit déjà travailler le dimanche. Il s’agit des services de secours, des réseaux de transports, du tourisme, et de certaines industries utilisant du matériel coûteux. Toutes les activités nécessitant une intervention urgente, des dépannages électriques aux pompiers, doit évidemment être opérationnelle le dimanche. Les arrêts cardiaques et les incendies arrivent évidemment aussi le « jour du seigneur », la présence de ces services de secours est évidemment indispensable. Les hôpitaux, les centrales électriques, les usines de traitement de l’eau doivent également rester ouvert ce jour-là. Tous les pays permettent aussi de se déplacer le dimanche, ce qui impose au secteur du transport de travailler, des pilotes de ligne aux préposés de péage d’autoroute. Le secteur du tourisme est le plus actif quand la majorité de la population ne travaille pas, ce qui lui impose évidemment de travailler le dimanche : cela concerne les hôtels, les restaurants, les musées, les cafés, les magasins en zone touristique (boutique de souvenirs), et les équipements touristiques, des parcs d’attraction aux stations de ski. Certaines industries mobilisent des équipements très coûteux, des chaînes de montages ou des hauts fourneaux par exemple. Il est beaucoup plus rentable d’utiliser ces équipements en permanence, et il n’est parfois pas possible d’arrêter hebdomadairement des installations qui demandent plusieurs jours de démarrage. Cela impose le système des 3 x 8, qui comprend le travail de nuit et le dimanche. C’est souvent indispensable pour survivre face à la concurrence étrangère. Certains agriculteurs sont également concernés : il faut bien nourrir les animaux le dimanche.
Au total, le travail dominical actuel concerne 3 millions de travailleurs réguliers (14%) le dimanche et 4 millions d’occasionnels (16%) sur un total de 25 millions de salariés environ, soit environ 30% des travailleurs. C’est plus que le travail de nuit, qui concerne environ 15% des salariés. Il conviendrait de rajouter à cet inventaire des travailleurs « non-standards » les cadres qui ont souvent une charge de travail importante qui empiète largement sur les soirées et parfois sur les fins de semaine, sans être comptabilisés dans les statistiques. Le débat récent sur l’ouverture des magasins le dimanche concerne seulement une fraction des 2 millions de personnes travaillant dans le commerce de détail, soit au plus 8% de la population, mais plus probablement, le changement se limitera à la moitié du secteur, soit 1 million de travailleurs. Certains d’entre eux, comme le petit commerce alimentaire, sont déjà autorisés à ouvrir partiellement. Et il est probable que certains commerces choisissent de toute façon d’être fermés le dimanche pour des raisons de coût. Au Japon où le travail le dimanche est autorisé, certains magasins choisissent d’être fermés ce jour-là, notamment ceux situés dans les centres d’affaires déserts le week-end, et certains magasins familiaux.
Il est normal qu’une société ait un jour de repos privilégié, et que celui-ci soit le dimanche en Europe de l’Ouest, une société majoritairement de culture chrétienne. Les pays d’Asie de l’Est (Japon, Chine, Corée) ont aussi adopté le dimanche comme jour de repos hebdomadaire : la plupart des économies majeures a donc le même jour de repos, ce qui est fort pratique. Cela veut dire que toutes les affaires ne nécessitant pas de contact auprès du public peuvent se dérouler les autres jours, en particulier du lundi au vendredi. Les opposants au travail le dimanche prétendent que ceux qui doivent travailler le dimanche subissent une atteinte à leur vie privée. C’est sans doute vrai, mais pas à toutes les étapes de la vie. Ainsi, pour un étudiant qui doit travailler, il pourrait être plus pratique de trouver un travail le dimanche, jour où il n’a pas de cours, plutôt que le soir, surtout si le travail est mieux payé. Un couple qui travaille avec des enfants en bas-âge pourrait économiser un jour de nourrice si un des conjoints travaille le dimanche et a en échange un jour de récupération en semaine. Certains apprécient aussi un jour de repos en semaine, qui est beaucoup plus pratique, notamment pour les démarches administratives, ou même pour aller s’entraîner sur des pistes de ski de fond presque vides. D’autres seraient prêt à travailler le dimanche pendant 6 mois pour prendre par la suite des vacances plus longues et réaliser enfin leur rêve de la traversée intégrale des Alpes en randonnée. Le repas familial traditionnel du dimanche midi, quand il existe encore, concerne sans doute au plus une vingtaine d’années dans une vie active qui en comporte quarante, et celui-ci est à géométrie variable tant les parcours de vie sont variés : un jeune divorcé sera peut-être tout heureux d’occuper les si tristes dimanches où il n’a pas la garde de ses enfants en allant travailler, plutôt que de se morfondre chez lui. Nous n’avons pas fait l’inventaire ici de toutes les situations particulières. Un constat honnête me semble être que le travail le dimanche a peut-être un impact légèrement négatif sur la vie privée en général, mais il existe un nombre important de cas particuliers dans lesquels il ne dérange pas, ou est même souhaitable, surtout si l’on regarde la société réelle, et pas le modèle de vie idéal et fictif qu’hommes politiques, ecclésiastiques et syndicalistes imaginent pour nous.
L’ouverture des magasins le dimanche est l’enjeu du débat récent en France. Mais à quoi sert-il ? Les magasins ouverts actuellement ce jour-là constatent une hausse importante de leur activité autour de 30%, mais une grande majorité de cette consommation serait juste reportée sur les autres jours. Si j’ai besoin de remplacer une machine à laver le linge, je le ferai quelle que soit l’heure d’ouverture des magasins. Il est néanmoins très probable que l’ouverture dominicale augmente un peu la consommation : Cela laisse à la majorité de la population qui travaille du lundi au vendredi deux fois plus de chance de rencontrer des objets qu’ils apprécient. Avec un rythme de travail soutenu, j’achetais plus de livres quand j’habitais au Japon qu’actuellement malgré le choix limité d’ouvrages en français à Tokyo, car je n’ai pas vraiment le temps de flâner dans les librairies le samedi après-midi.
Le gain le plus important est sans doute pour les clients, en particulier les cadres et jeunes travailleurs des secteurs soumis à la concurrence étrangère : à cause de la pression importante, ceux-ci travaillent souvent beaucoup. Ils s’accorderont souvent une grasse matinée le samedi matin, et n’auront alors que quelques heures dans des magasins bondés avant le samedi soir pour faire tous leurs achats. J’ai eu la chance de vivre aux Etats-Unis et au Japon, et la possibilité de faire ses courses pendant tout le week-end est un véritable confort. Cela veut dire évidemment que je suis prêt à payer un peu plus cher pour faire mes courses le dimanche, car c’est un service appréciable et j’estime normal que ceux qui me rendent ce service soit rémunérés en conséquence. Il me semble aussi honnête que ceux qui, dans la distribution, sont moins exposés à la concurrence étrangère partagent une partie de ce fardeau en adaptant l’ouverture des magasins aux rythmes de travail modernes qui résultent de cette concurrence.
Il est possible aussi que l’ouverture des magasins le dimanche soit considérée par les dirigeants étrangers qui doivent choisir une implantation européenne pour leur entreprise. Paris sera alors en concurrence avec Londres, Francfort et Milan, et la qualité de vie sera un des critères de choix, car elle sera cruciale pour les expatriés et leur famille. Bien qu’il ne faille pas exagérer son importance, j’ai souvent entendu des amis étrangers citer l’ennui profond des dimanches français comme un inconvénient significatif, aux côtés par exemple des métros non climatisés en été.
L’ouverture des magasins le dimanche est souvent présenté comme un concurrent aux sorties culturelles et religieuses, mais c’est sans doute inexact. Une sortie familiale en ville le dimanche peut bien comprendre un tour dans un magasin, par exemple pour acheter un nouveau meuble, et une visite au musée. On peut très bien penser que si les centres-villes offraient, en plus de leurs attractions culturelles, des magasins ouverts, plus de personnes échapperaient à Internet et à la télévision, et sortiraient de chez eux pour se retrouver ensemble en ville le dimanche. La fréquentation des institutions culturelles pourrait donc bien augmenter, ainsi que celle des cinémas et des spectacles, d’autant plus si les municipalités mettent du leur pour rendre la sortie agréable : Tokyo ferme ainsi au trafic des quartiers entiers le dimanche, et rend très agréable les promenades dominicales dans le centre en famille. D’autant que la frontière entre le commercial et le culturel est souvent fragile et mouvante : Les antiquaires, les libraires, les boutiques de musée et d’instruments de musique ont à la fois un but lucratif et un apport culturel. Quand aux institutions religieuses, elles sont plus fréquentées aux Etats-Unis, qui ouvre largement ses boutiques le dimanche que dans notre vieille Europe. L’argument ne semble donc pas très sérieux.
Ce blog est donc en faveur du travail le dimanche. Plutôt que de multiplier jusqu’au ridicule les exceptions, une règle simple doit autoriser le travail le dimanche dans tous les cas, mais en imposant un salaire sensiblement plus important que celui des autres jours (par exemple 50% ou 100% de plus). Il serait tout à fait juste que cette règle s’applique aussi aux salariés qui peuvent déjà travailler le dimanche, et le supplément de rémunération rendrait d’ailleurs plus attractif des secteurs qui peinent à recruter, comme l’hôtellerie et le secteur hospitalier. Ce surcoût permettra aux différentes entreprises de réfléchir à la pertinence d’ouvrir le dimanche, et de ne le faire que quand cela représente un avantage commercial indiscutable, c'est-à-dire quand cela rend service au public. Il n’y a ainsi aucune raison de traiter de toutes les tâches administratives le dimanche pour le plaisir, et cela serait économiquement désastreux.
Ce genre de règles existe dans d’autres pays, mais il y a sans doute une particularité du caractère français à considérer : le « fair-play » ou la « juste mesure » existe moins chez nous que dans les pays anglo-saxons, en particulier dans les relations hiérarchiques et commerciales. Cette idée, que j’ai vue mentionné pour la première fois par le Général de Gaulle, mériterait un article séparé. Elle semble toutefois être visible dans de nombreux domaines, les acheteurs français de la grande distribution sont ainsi connus pour être les plus durs en affaire en Chine. Il est donc probable que dans de nombreux cas, cette loi soit appliquée de la façon la plus stricte, c’est à dire que seuls les salariés qui acceptent de travailler le dimanche au maximum prévu par la loi soient recrutés. Il pourrait donc être utile par rapport aux législations anglo-saxonnes de rajouter une règle qui limite ce travail le dimanche pour éviter les abus. On peut réglementer le nombre de dimanches travaillés dans le mois pour les salariés à plein temps, avec la possibilité pour le salarié de choisir, à son initiative, au moins la date d’un ou deux dimanches par moi où il ne travaillera pas. Cela permettrait de préserver, quelle que soit la circonstance, un minimum vital de vie privée.
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dimanche 21 décembre 2008

L'échelle des catastrophes

La crise financière de 2008 a vu des chiffres inhabituels mis en valeur : un trader fait perdre 5 milliards d’euros à sa banque, un professionnel de la finance fait perdre 40 milliards d’euros dans une gigantesque fraude, un plan de sauvetage des banques de 600 milliards d’euros est mis en place par le gouvernement fédéral américain. Nous avons du mal à comprendre les sommes qui dépassent nos revenus ou le prix de notre habitation, c'est-à-dire quelques centaines de milliers d’euros. Les plus doués iront jusqu’aux voitures de luxe ou somptueuses villas qui représentent autour d’un million d’euros. Pourtant, il y a autant de différence entre un croissant et un luxueux appartement, qu’entre ce dernier et le prix d’une petite guerre. Cet article propose un voyage dans les grosses sommes d’argent, et différents moyens de les dilapider que l’on soit un particulier, une entreprise, un organisme financier, un partenaire social, ou un gouvernement en temps de paix et de guerre.
Les sommes décrites commencent à 1000 Euros, et sont multipliées par 10 à chaque fois. Nous appelons niveau chaque palier, et les avons numérotés de 3 pour 1000 Euros à 15 pour notre maximum : un million de milliards d’Euros.
Les salaires sont finalement rapprochés dans cette échelle puisqu’il y a environ un facteur 1000 (trois niveaux) entre les plus gros salaires dans les entreprises (de niveau 7) et le salaire minimum (de niveau 4). Les systèmes les plus égalitaires, comme le Japon des années 80, semblait avoir un rapport autour de 20, qui semble-t-il ne motivait pas suffisamment. Les patrimoines privés sont par contre beaucoup plus étalés, entre certaines personnes modestes qui ne possèderont que leurs voitures (niveau 4) et les hommes les plus riches (au niveau 10). Ces sommes sont liée à la capacité de créer son entreprise: le fondateur gardera souvent une part significative des actions en son nom, et aura donc un patrimoine presque aussi important que la valeur de l’entreprise. S’il est exceptionnellement doué, et parfois aussi s’il se situe dans un secteur nouveau, son entreprise pourra devenir un très grand groupe. Les chiffres d’affaires (un an de vente) des entreprises s’étalent en effet sur 6 niveaux, directement liés à leur nombre d’employés : des entreprises unipersonnelles (niveau 5) aux plus grands groupes (niveau 11), qui peuvent correspondre à des « écosystèmes » de presque un million de personnes. La plupart de ces ensembles liants une entreprise et ses principaux sous-traitants sont plutôt entre 10000 et 200000 personnes. Mais les entreprises restent notablement plus petites que les budgets des collectivités publiques : ils s’étalent du niveau 7 pour une petite ville de quelques milliers de personnes au niveau 13 pour le budget des Etats-Unis. Les budgets publics représentent en effet dans un grand pays entre un tiers et la moitié des revenus de dizaines ou centaines de millions de personnes. Enfin, il peut être intéressant de se rappeler que le monde dispose d’un patrimoine énorme. La valeur totale des terres agricoles, des entreprises, et des habitations est en effet dix fois plus important que les budgets publics ou les PIBs (produits intérieurs bruts) des pays.
La hiérarchie des catastrophes commence par des erreurs individuelles : celles-ci plafonnent au niveau 6 : un individu ne peut pas dans sa vie privée aller beaucoup plus loin que la destruction d’un immeuble, ou un accident automobile avec des victimes. C’est au niveau 6 que nous avons fait commencer l’échelle des gaspillages publics, avec l’installation d’un rond-point inutile. Les collectivités publiques gèrent les sommes les plus importantes, elles ont aussi le pouvoir de changer la loi, et disposent de l’usage de la force. Il n’est pas surprenant qu’elles soient responsables des catastrophes les plus coûteuses. Dans une démocratie, où le pouvoir est contrôlé, cela peut aller jusqu’au niveau 11, comme lors des nationalisations de 1982 en France. Même une très mauvaise mesure ne peut aller plus loin que de réduire de quelques pourcents le produit intérieur brut d’un pays pendant quelques années, le temps d’arriver à la prochaine élection, où elle sera corrigée par le nouveau gouvernement . Une mauvaise mesure plus classique, presque indolore, comme l’investissement dans un programme d’armement inutile, sera de niveau 10. Par contre, dans une dictature, les erreurs peuvent durer plus longtemps, et, sans garde fou, plus de la moitié d’une économie peut être détruite, en plus des pertes humaines terribles qui sont parfois plus de 10% de la population. Dans notre échelle, cela peut représenter le niveau 10 pour un petit pays en voie de développement jusqu’au niveau 14 pour les plus grandes nations.
Nous avons séparé des catastrophes particulières, les guerres. Même une guerre limitée comme la guerre d’Irak (niveau 12) a un coût plus important que les pires erreurs économiques des démocraties ou du système financier. Et les guerres totales, qui détruisent des économies et des populations entières ont des coûts énormes. La première guerre mondiale en France était du niveau 12, et l’impact mondial de la deuxième guerre mondiale du niveau 14. Les guerres ont aussi un coût humain terrible, qui ne se compare qu’aux grands totalitarismes.
Face à cela, les catastrophes syndicales sont finalement très limitées, une conséquence du pouvoir réduit de ces organisations coincées entre l’état et les entreprises. Une grève dure avec blocage d’usines plusieurs mois a un impact de niveau 9, et même l’absentéisme en France, ou le trou de la sécurité sociale, que l’on peut lier à une gestion discutable des organismes sociaux, n’est que de niveau 10. Même si l’on voulait lier la faillite des grands constructeurs automobiles américains à leurs syndicats irresponsables, on n’atteindrait péniblement que le niveau 11.
Les entreprises industrielles peuvent faire des erreurs de toutes sortes, mais ces sociétés disposent aussi de contre-pouvoirs internes, et il est rare qu’une seule erreur fasse mourir une entreprise, surtout s’il s’agit de la gestion quotidienne. Les gaspillages les plus coûteux sont souvent les acquisitions inappropriées, et surtout payées trop chères. On dépasse alors le niveau 10, qui est celui des erreurs courantes des grands gouvernements. Les catastrophes industrielles (explosions, fuites de matières toxiques) dans le secteur privé sont en général de niveau 9, et ce sont d’ailleurs le seuls types de « catastrophes d’entreprises » qui font des morts, jusqu’à un millier dans les cas les pires. Grâce à l’effet de levier, les catastrophes financières arrivent un niveau au dessus de celles des entreprises, et l’on dépasse ainsi presque le niveau 11 pour le coût total du sauvetage des banques en 2008. Les fraudes individuelles mises en valeur ces derniers temps sont autour du niveau 10.
Ces comparaisons auront peut-être aidé le lecteur à mieux comprendre les ordres de grandeur. Si les sommes évoquées peuvent être énormes, c’est d’abord parce que des individus ont, pour des raisons pratiques, l’autorité sur de grosses collectivités, qu’elles soient privées ou publiques. Entres ces collectivités, il est possible d’établir la hiérarchie suivante : les entreprises industrielles font des erreurs de conséquences souvent légèrement inférieures à celles des gouvernements démocratiques, mais les catastrophes financières ont-elles un peu plus d’impact, et correspondent au coût matériel d’une petite guerre. Toutes ces erreurs sont beaucoup moins graves que les guerres ou les totalitarismes, qui font des ravages matériels plus importants, et surtout des dégâts humains incomparables. Le lecteur concluera sans-doute que si la finance est trop importante pour ne pas être régulée, les entreprises industrielles peuvent largement être laissées tranquilles, et il convient avant tout d’éviter les totalitarismes et les guerres, bien pires que tout ce que nous vivons en ce moment.


Voici un détail des différents niveaux discutés.

1000 Euros (Niveau 3)
  • la somme achète un billet d’avion intercontinental, un appareil d’électro-ménager, un ordinateur portable ou un meuble de bonne qualité.
  • La somme disparaît aussi facilement qu’un café renversé sur un ordinateur portable, mais une cure thermale inutile représente un gaspillage du même ordre pour l’assurance maladie. Dans les entreprises, un voyage d’affaire inutile en Europe provoquera un manque à gagner de ce montant.
10000 Euros (Niveau 4)
  • C’est un an de salaire minimum, mais aussi le coût d’une petite voiture.
  • La somme peut disparaître en quelques secondes si vous endommagez votre voiture dans un accident sans blessé.
100 000 Euros (Niveau 5)
  • C’est le revenu annuel d’un cadre supérieur ou d’une profession libérale aisée (médecins spécialistes, avocats d’affaire). C’est aussi le chiffre d’affaire (un an de ventes) d’une petite boulangerie ou le prix d’une petite maison à la campagne.
  • La somme partira en fumée si vous oubliez de fermer le gaz dans une petite maison.
1 million d’euros (Niveau 6)
  • Cette somme permet d’acheter un appartement familial dans un beau quartier de Paris, ou une maison luxueuse en province. C’est aussi le chiffre d’affaire d’un hotel de taille moyenne (plusieurs dizaines de chambres).
  • C’est aussi le coût d’un incendie dans un petit immeuble, ou d’un accident automobile avec des victimes. C’est aussi celui d’un rond-point inutile installé sur un terrain en pente par une municipalité trop enthousiaste. C’est aussi le coût de la désorganisation d’un service de 50 personnes dans une entreprise.
10 millions d’euros (Niveau 7)
  • Cela représente 1 an de vente d’un supermarché.
  • La somme peut être gâchée facilement en achetant un joueur de football promettant mais décevant. C’est aussi l’argent qui sera perdu pour un projet de 30 ingénieurs durant pendant 3 ans qui ne donne pas de résultats.
100 millions d’euros (Niveau 8)
  • C’est le budget annuel d’un grand club de football, mais aussi le coût de réalisation d’un film à grand spectacle. C’est aussi le budget annuel de la ville d’Annecy , et la fortune des plus grands sportifs (Alain Prost, Tiger Woods…).
  • La somme peut être gaspillée par la construction d’un hôtel de région ou autre monument inutile de la démocratie locale.
1 milliard d’euros (Niveau 9)
  • Cela représente un an de ventes d’une entreprise industrielle de 5000 personnes, et le résultats des entrées des plus grands succès du cinéma. C’est aussi le budget d’un gros département français.
  • Une grande grêve industrielle dure peut amener des pertes de cet ordre. La puissance publique peut gaspiller cette somme en construisant 200 kilomètres d’autoroute inutile. C’est aussi le montant des dégats matériels lors du tremblement de terre de Kobé, ou le coût matériel de grandes catastrophes industrielles d’entreprises privées, comme celle de Bopal ou de Three Miles Island.
10 milliards d’Euros (Niveau 10)
  • c’est la fortune des personnes les plus riches, mais aussi le produit intérieur brut de l’Islande (petit pays de 200000 habitants).
  • C’est l’argent perdu dans les opérations industrielles les plus inefficaces, comme les fusions, mais aussi le coût d’un gros programme d’armement (par exemple un avion de chasse) qui aurait pu êtrepartagé avec les pays voisins. C’est aussi l’argent gaspillé par l’ensemble des arrêts de travail abusifs en France pendant un an, ou le coût annuel d’une réforme sociale malheureuse en France (par exemple les 35 heures). C’est aussi l’argent détruit chaque année par un totalitarisme dans un petit pays en voie de développement (10 millions d’habitants.
100 milliards d’euros (Niveau 11)
  • C’est la taille des plus grosses entreprises, de Microsoft à Exxon. Cela correspond aussi au patrimoine immobilier de l’état français, ou le produit intérieur brut de la nouvelle Zélande (pays de 5 millions d’habitants).
  • C’est le coût total estimé d’une mesure catastrophique prise dans le cadre d’un état de droit, comme les nationalisations de 1982. C’est aussi le coût de Tchernobyl, ou celui des plus grosses fraudes financières. C’est aussi le coût matériel de la première guerre mondiale pour la France (destructions de biens et armements).
Mille milliards d’euros (Niveau 12)
  • Cela représente la dette de l’état français, mais aussi un an de dépenses publiques en France, et six mois de produit intérieur brut de la France.
  • C’est aussi proche du coût de la guerre en Irak pour les Etats-Unis, et des plans de sauvetages pour le système financier annoncés au quatrième trimestre 2008. C’est aussi le coût humain pour la France de la première guerre mondiale.
Dix mille milliard d’euros (Niveau 13)
  • Cela représente le patrimoine total des français (soit la valeur totale de l’immobilier et des entreprises), ainsi qu’un an de produit intérieur brut américain.
  • Cela représente le coût matériel et humain de la seconde guerre mondiale pour les Etats-Unis d’Amérique et l’Angleterre, ainsi que le coût total de la guerre froide.
Cent mille milliard d’Euros (Niveau 14)
  • Cela représente 2 ans de PIB mondial.
  • C’est le coût matériel et humain des grands totalitarismes du 20ème siècle. C’est aussi le coût total (matériel et humain) de la seconde guerre mondiale.
Un million de milliards d’euros (Niveau 15)
  • C’est l’ordre de grandeur du patrimoine total de l’humanité. Cet article préfère ne pas envisager une catastrophe de cette ampleur, néanmoins tout à fait réalisable en cas de guerre totale avec les moyens modernes actuels.
Les coûts des catastrophes peuvent inclure les destructions matérielles, mais aussi les atteintes aux personnes. En prenant comme ordre de grandeur les dédommagements en cas de décès, nous avons supposé que la perte d’une vie humaine pouvait être évaluée comme un préjudice d’au moins un million d’euros. Il n’est peut-être pas correct de mettre un prix à la vie humaine : si l’on a à choisir, il est bien préférable qu’un milliard d’euros disparaisse en bourse plutôt que 1000 personnes ne meurent. Mais cela permet de comparer différents types de catastrophes, et en particulier de mettre un prix minimum aux souffrances que représentent les guerres et les grands totalitarismes : ceux-ci arrivent en tête de ce classement improvisé des drames de l’humanité.
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